J’ai toujours cru …

•21 mai 2012 • 1 Commentaire

J’ai grandi dans une banlieue propre, bien cachée dans une province relativement calme, au fond d’un pays où la qualité de vie est bien supérieure à une quantité innombrable de pays dans le monde.

Toute mon enfance, on m’a élevé et éduqué en me faisant comprendre la chance que j’avais de pouvoir grandir dans un pays dans lequel la vie est belle et bonne.

J’ai toujours eu de la nourriture en abondance, j’ai toujours eu de l’eau pour boire, pour me baigner, pour jouer, j’ai toujours eu des espaces verts près de chez moi où aller courir, où aller jouer, j’ai toujours eu des rues dans lesquelles je pouvais jouer au hockey, et les gens qui passaient en voiture ralentissaient pour nous donner le temps de tasser le filet.

J’ai toujours eu la chance de grandir dans un système scolaire qui trouvait le moyen de me stimuler, peu importe mon niveau.  Lorsque j’étais au primaire, j’étais plus fort que la moyenne.  Tout le temps.  Malgré ça, les enseignants que j’avais faisaient des pieds et des mains pour arriver à me stimuler, malgré le fait qu’ils savaient bien que je perdais mon temps en classe, parfois.   Au secondaire, on m’a appris à m’impliquer au sein de ma communauté.  Des adultes ont cru en moi et m’ont offert des possibilités qui ont changé ma vie.  On m’a souvent pris par la main pour me guider dans des coins que je ne connaissais pas de mon potentiel, sur différents aspects.   On m’a enseigné, pendant tout mon secondaire, à prendre soin de mon environnement, on m’a appris à prendre conscience de ceux qui m’entourent et on m’a montré comment ne pas juger ces gens là, comment prendre le temps d’écouter ce qu’ils avaient à dire.   On m’a appris à développer mon jugement critique, on m’a appris à poser un regard personnel sur ce qui m’entoure, afin de pouvoir apprendre comment je peux apporter mon grain de sable pour peut-être un jour, créer une différence.   On m’a appris, pendant tout mon parcours, à connaître mes forces et mes faiblesses, afin de connaître mes limites et tenter de les repousser pour devenir une meilleure personne.  On m’a appris comment me connaître moi, afin de pouvoir éventuellement devenir membre à part entière de la société et ainsi être respecté aprce que je saurais comment m’y prendre.

Arrivé au cégep, on a poursuivi ma formation personnelle.  On m’a appris à m’interroger sur des concepts de la société, on m’a appris à me questionner sur les systèmes en cours, on m’a appris à proposer de nouvelles avenues.  On m’a appris la morale, la justice, l’équité, la diversité.  On m’a appris à raisonner par moi-même, on m’a appris à m’insérer dans le monde dans lequel je vis.   On m’a convaincu que le monde m’attendait, que la société avait besoin de moi pour la rendre un peu meilleure.   On m’a appris à nuancer mon opinion, on m’a appris à me faire entendre correctement, on m’a appris à être quelqu’un qui pouvait représenter une masse.

J’ai été sur le marché du travail longtemps par la suite.
Là, on m’a appris à avoir des responsabilités.  On m’a appris que les gens devaient pouvoir se fier sur moi, devaient pouvoir avoir confiance.  On m’a appris à prendre soin des gens qui m’entourent, on m’a appris à mettre les gens en confiance.  On m’a montré comment les gens avaient besoin qu’on leur parle, comment il fallait les approcher pour qu’ils aient envie d’écouter ce que j’avais à dire. On a tout fait pour me faire comprendre que j’avais de l’importance pour une tonne de gens.  pour les clients, pour la compagnie, pour les collègues.  On m’a démontré souvent que j’étais important et que mon travail était respecté, que mon opinion valait la peine d’être entendue.  Ensuite, on m’a fait confiance, on m’a laissé des enfants, on m’a donné la tâche de leur apprendre à mon tour comment se faire entendre.  On m’a donné le mandat de leur transmettre une passion, parce que c’est ce qui les garderait debout.

Puis, au bout de quelques années, je suis retourné à l’université.

Là, on m’apprend à trouver les mots justes pour transmettre ma pensée de façon concrète et claire afin d,être entendu et compris par le plus grand nombre.  On m’apprend à écouter activement les mots des autres, et à les analyser afin de saisir l’essence profonde du message.  On m’apprend à éduquer les enfants de demain, on me dit comment faire de ces jeunes de meilleures personnes, et comment les guider vers une réussite scolaire et personnelle qui les suivra toute leur vie.   On m’apprend comment devenir cet adulte qui m’a pris par la main dans les moments où j’en avais besoin, plus jeune…

On m’a appris tout ça, au cours de mes 27 années de vie passée ici bas.

Et on m’a appris plus encore.

On m’a aussi appris à aimer, à embrasser, à chanter, à parler, à crier, à marcher, à me battre, à rire, à pleurer.  On m’a appris à me faire écouter, à me faire entendre, à me faire respecter.
Et aujourd’hui, allez savoir pourquoi… on essaie de me faire oublier tout ça.

On essaie de me bâillonner, on essaie de m’assourdir, de m’enfermer au fin fond de ma propre pensée qui, de toute façon, n’a rien d’intelligent à dire.

On essaie de me matraquer pour me faire comprendre que mon opinion ne compte pour personne.  On tente, à grands coups de bastonnade, de me faire comprendre que je suis mieux étendu au sol sous le poids de leurs armes que debout sur mes convictions.

À grands coups d’ingérance politique souillée et de corruption ministérielle, on essaie de me ralentir dans mon développement, me disant que je dois payer pour devenir une meilleure personne.  On essaie tant bien que mal de m’appauvrir pour m’empêcher d’enrichir ma pensée.

On essaie de me nourrir de poivre pour m’aveugler afin que je ne puisse plus voir leur désarroi et leur peur.  On essaie de me forcer à reculer parce qu’ils savent que lentement mais sûrement, j,avance à grands pas vers une liberté qu’ils retiennent prisonnière.

On essaie de crier plus fort que moi à grands coups de bombes et de coups de fusils et de sirènes pour essayer de cacher le son de ma voix qui leur crie aux oreilles qu’ils ne réussiront pas.

On essaie de me forcer à plier alors qu’eux se déguisent en barre de fer inébranlable.

Mais je sais, que derrière leurs armures de politicailleries, ils ont peur.  Parce qu’ils savent qu’ils ne seront pas éternels. Parce qu’ils savent que ma voix n’est pas seule alors que la leur perd de l’impact.

Et ils se déguisent.  Ils se déguisent en politiciens souriants, blagueurs, ils se déguisent en faiseux de lois et en briseux d’avenir.  Ils se déguisent en faux membres d’un SWAT inventé par un gouvernement en soif de soirs brisés.  Ils se cachent derrière leurs masques alors qu’ils nous empêchent de porter le nôtre, qui ne sert au fond qu’à nous défendre des leurs.

Mais ils savent, que nos masques sont portés bien bas alors qu’ils brandissent les leurs à la face d’un peuple chahuté mais qui reste droit.

Ils ont passé notre vie entière à nous apprendre à être entendu, à être écouté, à être respecté.

Et aujourd’hui, ils crachent sur ça en riant de nous comme si nous n’étions rien.

Aujourd’hui, on m’impose un pays sale et des soirées ensaglantées.

Moi qui ai toujours cru vivre dans un pays qui saurait m’écouter, on me sort la police en habit d’armée et l’armée qui joue à la police pour dire comment vivre ma vie….

Moi qui ai toujours cru pouvoir sortir dans la rue pour respirer, maintenant on me pourrit cet air de gaz lacrymogènes et de haine et de mépris.

Mais malheureusement pour eux, nous n’avons rien oublié de ce qu’ils nous ont appris.

Nous n’avons pas oublié comment nous battre, comment crier, comment hurler.

Nous n’avons pas oublié qu’ils nous disaient que nous serions la société de demain, les dirigeants de demain.

Nous n’avons pas oublié comment nous tenir les uns avec les autres, malgré nos différences.  Nous n’avons pas oublié comment être fiers de ce que nous sommes.

Nous n’avons pas oublié qu’ils nous ont appris comment devenir le monde de demain.

Et surtout… surtout.. 

Nous n’avons pas oublié que nous sommes rendus… demain.

Comment pensiez-vous que nous ne nous insurgerions pas devant votre manque de respect et devant vos étourderies ?

Nous sommes le peuple.

D’aujourd’hui.

Et nous devons apprendre à nos enfants tout ce que vous nous avez appris.

Et pour y arriver, nous devons leur montrer l’exemple.

Je n’ai rien oublié.

Je n’ai surtout pas oublié comment hurler.

Et de plus en plus, je sais que je n’oublierai jamais..

Et c’est grâce à vous.

Merci.

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La mort du journalisme…

•20 mars 2012 • Laisser un commentaire

C’est rien de nouveau.
je sais, comme tout le monde, que le journalisme n’est plus le métier glorieux qu’il était au temps des vrais articles.

Le journalisme, de plus en plus, est rendu du blogue, de la critique.
Le journaliste moyen ne donne plus de faits, il donne des opinions.
Les siennes, celles des autres.

Pour faire affaire avec de vrais journalistes, il faut, de plus en plus, choisir avec attention quel journal lire, quel bulletin télévisé écouter…
Parce que les méthodes de travail ne sont pas les mêmes partout.
Et surtout, la qualité de l’information transmise non plus…

Hier, la vidéo de la ministre Line Beauchamp lors de son passage à Tout le monde en parle se promenait sur facebook.
Un journaliste du Journal de Montréal a écrit un article qu’un ami à mon frère a partagé.

Mon frère, suite à une série de commentaires, a commenté sur l’article : «Je l’HAIS… Esti… J’vais la tuer. Ça y est ».

Le journaliste, qui passait par là (parce que visiblement occupé à chercher des scooooooooops journalistiques relevés) a saisi l’occasion au vol et a communiqué avec mon frère pour lui dire qu’il ne devrait pas proférer de telles menaces.
Mon frère lui répond sans hésiter qu’il s’agit d’un malentendu, que c,était de l’ironie, du sarcasme, que jamais il n’a eu la moindre intention de poser un geste, bla bla bla…
Le journaliste (ça me fait presque mal de l’appeler comme ça..) repart travailler dans sa tanière du journalisme d’enquête et nous pond un magnifique article de la plus grande qualité.

Voici l’article complet.

« Esti… J’vais la tuer »

Un étudiant menace « avec ironie » Line Beauchamp

CA_Francis_Asselin-Trudel

FRANCIS A-TRUDEL@

LE JOURNAL DE MONTRÉAL, PUBLIÉ LE: LUNDI 19 MARS 2012, 22H10 | MISE À JOUR: LUNDI 19 MARS 2012, 22H11

« Je l’HAIS… Esti… J’vais la tuer. Ça y est ». Enflammé par le passage de la ministre de l’Éducation à Tout le monde en parle, un étudiant de l’UQAM s’est emporté et a proféré ces menaces, hier, sur Facebook.

Contacté par le Journal, Yan Sasseville a invoqué « l’ironie » pour justifier son commentaire en réaction à une entrevue de la ministre Line Beauchamp publiée sur le réseau social.

« Écoute, c’était vraiment de l’ironie !, a-t-il soutenu, tournant l’affaire à la blague. Il n’y a aucun commentaire à faire là-dessus. Je ne vais pas tuer la ministre. »

Rien de sérieux

Affirmant comprendre que de telles paroles aient pu « créer des réactions », M. Sasseville jure ne pas y avoir pensé et assure qu’il n’y avait rien de sérieux.

Quelques minutes plus tard, l’étudiant supprimait son commentaire.

« On ne commentera pas un cas isolé », a laconiquement réagi la ministre Beauchamp par l’entremise de son attachée de presse, Hélène Sauvageau.

Son entourage a admis avoir transféré les propos de M. Sasseville à son service de protection interne, qui étudiera l’éventualité de porter plainte à un corps de police.

Sécurité

Questionnée sur la sécurité entourant la ministre de l’Éducation, Mme Sauvageau a rappelé qu’un garde du corps l’accompagnait dans chacune de ses sorties et qu’un repérage était effectué parmi la foule.

La sécurité n’aurait pas été renforcée autour de Mme Beauchamp depuis le début des pressions étudiantes visant à la faire reculer sur la hausse des frais de scolarité.

Rappelons que la ministre de l’Éducation a annulé une conférence de presse qui devait se tenir hier à l’école secondaire Henri-Bourassa à Montréal par crainte que les activités de l’établissement ne soient perturbées par les grévistes.

- Avec la collaboration de Sarah-Maude Lefebvre

Ce matin, cet article se retrouvait dans le Journal de Montréal, version papier, en plus d’y être sur la version électronique.

Une grosse joke.
Une criss de grosse joke.

Monsieur Trudel… ?
Vous aviez vraiment rien de mieux ??
Vous avez vraiment rien trouvé de mieux pour essayer d’encore une fois mettre la population en rogne contre le mouvement étudiant ?
Vous aviez rien de plus intéressant à dire dans votre grand et glorieux métier de journaliste que de citer un étudiant sur une page facebook qui dit avec grand sarcasme et à la blague qu’il va tuer la ministre Beauchamp ?
Voyons donc…

Je suis d’accord, Yan aurait pu peser ses mots…
Bon, ok.
Mais reste que… come on.

Quand je lis des articles comme celui-là, je réalise à quel point on est rendus bas, au Journal de Montréal.
De l’information de bas de gamme (et encore ici, je dis information non sans avoir un petit goût amer dans la bouche), de la chronique d’opinion, du ragoût journalistique qu’on donne en pâture aux petites gens qui ont pas envie de se créer une opinion par eux-mêmes et qui ingurgitent ce qu’on leur donne de prémâché sans avoir à faire d’effort supplémentaire.

Qui plus est, en ce moment, dans le combat des étudiants qui sont en grève et manifestent contre la hausse des frais de scolarité, le Journal de Montréal et la majorité des médias de masse (pas tous, il faut bien le dire) saisissent chaque opportunité de dénigrer les étudiants et de banaliser leur mouvement de revendications en donnant au petit peuple l’image d’une bande de revendicateurs gâtés pourris qui posent à tout vent des gestes de malfaisance sans penser aux autres, tant qu’ils peuvent faire chier tout le monde.

Encore avec cet article, le journaliste (sic) du Journal (sic) de Montréal en fait bien la preuve.

J’peux pas croire que ce gars là avait rien de plus pertinent à dire que ça.

Qui plus est, quand on lit son article (mouin… ) on comprend bien que le bureau de la ministre elle-même semble trouver le tout un peu ridicule.  Pour voir s’ils ont du temps à perdre à mettre de l’énergie sur un commentaire Facebook aussi hyperbolique et exagéré…

Monsieur Trudel… vous me faites un peu pitié.

Malgré tout, mon frère a rédigé une lettre officielle d’excuses adressée à Mme Beauchamp, qu’il a envoyé au journaliste ainsi qu’au bureau de la ministre, afin de dédramatiser le tout.

Voici sa lettre d’excuses.

Montréal, 20 mars 2012

Hier, dans la journée du 19 Mars 2012, j’ai commenté un lien par l’entremise du réseau social Facebook, en réponse à l’entrevue de Mme Line Beauchamp à l’émission populaire «Tout le monde en parle». En écrivant : «Esti… j’vais la tuer».

Bien que plutôt exhaustif en apparence, ce commentaire ne se voulait en aucun cas une menace.

Je n’avais pas pensé à l’ampleur que ce propos allait prendre, bien franchement. J’ai dis la chose avec un ton sarcastique et surtout ironique. Je voulais davantage faire une «blague» pour exprimer mon mécontentement face à l’entrevue. Le choix des mots, bien que peu approprié, j’en conviens, me semblait démesuré et les gens qui me connaissent ont rapidement compris qu’il s’agissait là exagération excessive. Il est évident que je n’ai pas choisi la manière la plus appropriée pour faire part de ma frustration.

Je n’ai jamais eu et n’aurai jamais l’intention de poser quelconque geste de violence physique à l’endroit de Mme Beauchamp, d’autant plus que je ne souhaite en aucun cas que quiconque s’attaque à elle ou tout autre individu, geste que je condamnerais rapidement.

Sincèrement, je ne ferais jamais un tel geste. Ce n’est pas dans ma nature. De plus, dans le combat des étudiants contre la hausse des frais de scolarité, je condamne sans hésiter tout geste de violence ou tout acte posé pouvant perturber les manifestations pacifiques, autant sur des biens matériels que sur des individus.

Il s’agit donc ici de propos mal contrôlés et surtout, mal interprétés qui n’ont jamais eu pour but de créer un émoi comme celui-ci.

Néanmoins, je fais mes excuses personnelles à Mme Line Beauchamp. Les propos que j’ai tenus à son égard étaient irréfléchis et irrespectueux.

À l’avenir, je tacherai d’être conscient des répercussions que de tels propos pourraient avoir, et saurai les éviter.

Bien à vous.

Mes salutations les plus sincères.

Yan Sasseville
Étudiant en communication à l’UQÀM

Ça prouve au moins sa bonne foi.

Mais ça excusera jamais la piètre job du journaliste à gogo qui a fait cet article..

Monsieur Trudel… si vous voulez du croustillant, du vrai, allez au moins voir la page facebook de Stéphane Gendron, maire d’Huntingdon…  qui tient des propos violents, vulgaires et beaucoup plus intenses que ceux de mon frère… d’autant plus qu’il est un visage public, lu par plusieurs, et qui influence beaucoup plus de gens…

http://www.facebook.com/profile.php?id=529680914&ref=ts&sk=wall

Il dit, entre autres :
«Les tabarnaks d’étudiants. Les criss, ça va finir dans le sang un moment donné. Ils ne cessent de provoquer… Câlisse on veut aller travailler bande d’esties de puants sales. La bastonnade, c’est pour quand?»

Il dit aussi :
«Estie que je les déteste. Une bande d’esties de branleux. Comment se fait il que Charest ne call pas l’atmée pour protéger les ponts de Montréal?»

Est-ce qu’un journaliste va s,y intéresser, ou étant donné qu’il frappe sur les étudiants, on le laissera aller, sous prétexte que vous pensez la même chose.

J’ai mal au coeur.
J’arrête maintenant, parce que j’m'emporterais moi aussi.

Un moment donné, à nous faire manquer de respect, c’est normal qu’on se tanne pis qu’on ait envie d’être sarcastique.

Mais qu’à cele ne tienne, je serai sarcastique et ironique moi aussi en finissant cet article, comme mon frère l’a été.

Monsieur Trudel, vous êtes un excellent journaliste, continuez votre bon travail.

Se lever…

•15 mars 2012 • Laisser un commentaire

Je suis contre la hausse des frais.
Pour plusieurs raisons.

Je respecte les gens qui sont pour.
et qui sont contre la grève.

Je suis pas encore rendu à juger les gens pour la couleur du carré qu’ils portent.

Mais je suis incapable de respecter le monde qui débattent sans arguments, qui restent bornés sans aller chercher l’information, sans se soucier de l’opinion de ceux en face de lui.
Ça, ça me dépasse.
Et ça m’enrage.

On a  la chance, en ce moment, de  se battre, tous ensemble, comme un peuple fier, comme une société qui réfléchit.

On a  pas le droit de laisser passer cette chance..

Faut se lever, tous ensemble.
Et se tenir main dans la main.

Et surtout… écouter les autres.
Pour voir ce qu’ils ont à nous apporter…

Voici un poème de Gaston Miron  qui me chamboule à chacune des lectures que j’en fais..

 

«Partir de rien, parce qu’on n’est rien d’autre
alors, où est-ce qu’on va, qu’est-ce qu’on fait
errant en ce peuple, et dans sa langue errante
ce peuple qui n’en finit plus de ne pas naître

C’est rien qu’un jour, un jour de plus
ou de moins, dans notre vie, où le vent
est un vent qu’on ne démêle pas de l’âme
et sans lui le corps ne tient pas debout

Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver
Nous entrerons là où nous sommes déjà

Car il n’est pas question
de laisser tomber notre espérance»

- Gaston Miron, Retour à nulle part

Espoir …

•15 mars 2012 • Laisser un commentaire

Hier soir, l’université du Québec à Trois-Rivières a voté la Grève Générale illimitée.

Ce matin, je suis fier.
Et j’ai confiance en ma génération.
Pour une fois.

Ce matin, je sais qu’on a le pouvoir de modifier la face du Québec.

Et j’en suis fier.

Battons-nous.
Tous ensemble.

Est-ce qu’on a le droit.. ?

•13 mars 2012 • Laisser un commentaire

Je sais pas.
Je sais pas si on a le droit.
Peu importe la cause, est-ce qu’on a le droit ?
Est-ce qu’on a pas une responsabilité ?

Est-ce qu’on a le droit de pas se battre ?
Est-ce qu’on a le droit d’abandonner, de baisser les bras ?

J’en ai plus qu’assez de nous voir baisser les bras comme des pauvres perdants mal traités et malheureux.
J’en ai plein l’cul de nous voir baisser la tête devant tous ceux qui veulent bien nous regarder de haut.
J’en ai plein l’dos de nous voir nous appitoyer sur nos défaites plutôt que de provoquer des victoires.

Caliss.

Non.
On a pas le droit.

Pas le droit.
de laisser tomber.
Pas le droit.
De pas se battre.
Pas le droit.
De baisser les bras, de déposer les armes.
Pas le droit.
De céder à des investisseurs étrangers nos biens et nos propriétés, autant physiques qu’intellectuelles.

ON A PAS LE DROIT.
De se laisser manger la laine sur le dos.

On a des jambes.
Faut s’en servir pour se lever.

On a des bras.
Faut les brandir le plus haut possible.

On a des mains.
Faut les serrer, tous ensemble. Se serrer les mains et en faire des poings.
Des poings tissés serrés, en laine du pays, en laine de muscles et de courage.

On a une voix.
Faut la faire entendre. Arrêter de se taire et de dire ce qu’on nous dit de dire.

On a une tête.
Faut s’en servir pour autre chose que pour décider c’qu’on va faire à souper.

CALISS.

On a un coeur.
Faut l’écouter.

On a un passé.
Faut le connaître.
Faut savoir d’ou on vient.
Pour savoir ou on va.

On a une histoire.
Faut la bâtir…

On a pas le droit de laisser les autres nous enfermer pis nous baîlloner.
On l’a déjà assez fait.

On a pas le droit de pas se lever.

On a pas le droit de manquer de respect à ceux qui l’ont fait avant nous.

Peu importe la cause.
Peu importe la raison.
Faut se lever.
faut se battre.
Coûte que coûte.

Pis arrêtons de juste nous ramener toujours nos défaites.

Pis construisons nous des victoires, pour faire changement.

Criss… on y prendrait peut-être goût.

Peu importe votre opinion.  Battez-vous.

Peu importe votre opinion. Battez-vous.

Déficience ….

•23 février 2012 • 1 Commentaire

Comme la dernière fois, j’ai envie de raconter une simple anecdote. 
Ça m’est arrivé au boulot il y a quelques semaines de ça.
Pour ceux qui le savent pas, je travaille de nuit à l’urgence.
Pas besoin de vous convaincre que j’en vois de toutes les couleurs…

Il y a quelques semaines de ça, donc, je débute mon quart de travail dans le brouhaha d’une soirée folle… 
Y’a quelque chose comme 20 heures d’attente, le monde est impatient.. (Un patient impatient, c’toujours joyeux…)
Bref, y’a 20 heures d’attente, le monde commence à péter les plombs pis comme je suis au front, c’est moi qui mange la merde.
Ceci dit, ça me dérange pas, j’suis habitué, pis ça m’amuse plutôt je dois l’avouer.
Mais on en reparlera une autre fois, le but de l’anecdote est pas là du tout.

En me promenant dans le système, je réalise qu’un nom que je connais est dans la salle d’attente.  
Je le connais plus que lui me connais.
Tout le monde le connaît.
C’est un gars qui est un peu plus vieux que moi, et que je connais depuis l’école primaire.

Mise en situation..

Quand j’étais au primaire, ce gars là était un peu plus vieux que moi (y’a de ces choses qui changent pas…) et tout le monde le connaissait.  Il était toujours à la piscine du parc Champigny, l’été, il parlait à tout le monde, et il faut bien l’avouer, il mettait le monde mal à l’aise plus qu’autre chose.  Pour bien comprendre… il faut dire que Bruno est atteint du syndrome de Gilles de la Tourette de façon très aigüe. 
Pour les jeunes que nous sommes, ce syndrome est une blague.  Ça existe pas.  Il est déficient, point final.
Bruno est le déficient de service.  
L’idiot de la ville.
Celui qu’on regarde passer en riant.   Celui qu’on évite pour être certain qu’il ne nous parle pas.. ou pire, qu’il ne connaisse notre nom et que les gens pensent qu’on se connaît.

Je dois l’avouer, quand j’étais jeune, j’étais méchant.
J’étais pas foncièrement méchant, mais j’étais un leader de gang pis maudit que t’es le plus fort quand c’est le cas.
Bref… j’ai ri de Bruno souvent dans ma vie.

Il y a quelques années, j’avais été surpris de voir Bruno dans une station-service.  Il y travaillait.
Quand j’étais entré pour payer, il m’avait donné un service impeccable, sympathique.. un peu trop, même.. du genre qu’on est pas habitué.  En sortant, j’avais croisé deux gars de mon âge qui riaient de lui, et je leur avais même esquissé un sourire de complicité.   Par réflexe, par habitude, je sais pas. 
Anyways, on s’en fout, Bruno est le déficient de service.

Revenons à l’urgence.
J’ai aucune idée pourquoi Bruno est là ce soir là, et même si je le savais, je vous le dirais pas. 
Je suis quand même tenu à un secret professionnel et une certaine éthique. 
Ce qu’il faut savoir c’est qu’au moment ou je commence à travailler, il est déjà là depuis un bout de temps.

Il est dans la salle d’attente.
Il jase avec les gens autour de lui.
Sa voix porte et je l’entends jusqu’à mon poste.
je me passe même la remarque que les gens doivent être tannés qu’il parle à tout le monde. 
Mais on dirait pas.

Par le trou dans la vitre par lequel je peux regarder dans la salle d’attente, je l’observe en cachette.
Je comprends brièvement dans son évaluation au triage qu’il avait été suivi longtemps pour son syndrome et qu’il l’avait surmonté, mais que depuis peu, il est en genre de rechute. Je connais pas les procédés, je connais pas ça.. 
Je l’observe et j’observe le syndrome qui vient avec.

Il a des tics vocaux.  des voyelles saccadées sortent de sa bouche sans même qu’il semble s’en rendre compte, à peu près n’importe quand.   En l’observant, je réalise que quand il arrête de parler,  il répète tout haut des parties de mots, des fractions de sa discussion.  Mais en le regardant, je vois pus le ”déficient” de l’époque.  Je vois un gars normal avec un problème.

Il jase avec le monde, se lève, jase avec l’agent de sécurité, et je me surprends à espérer qu’il vienne pas me parler.  Je veux pas, je suis mal à l’aise.
Probablement pour me punir, il vient me parler.
Il se met à me jaser du temps d’attente, il me demande si je sais si ça va accélérer..
Il est .. tellement poli, tellement respectueux.
Il se met à me parler qu’il sait ce que c’est, qu’il a été agent de sécurité dans un hôpital, qu’il connaît la game..
Il me jase, plusieurs minutes, et je me surprends à tellement le trouver intéressant, et à l’écouter, à lui répondre, et à être franchement stimulé par la discussion.

Pendant qu’il me parle, je remarque que son ”syndrôme” ne paraît aucunement quand il parle.  C’est quand il s’arrête de parler plusieurs secondes que ses tics ressortent.
Mais ce qui me trouble le plus, c’est pas ça.
Ce qui me trouble le plus, c’est que chacun des tics sonores et des éclats de voix qui sortent de sa bouche, il les combat avec  une force incroyable.
Il combat ces sons pour, chaque fois, les transformer en excuses..
Peu importe le son, il travaille tellement fort pour arriver à s’en excuser…
Merde que ça m’a chamboulé… 
de voir ce gars là combattre cet handicap de façon à ce que ça en soit plus un..

Il retourne dans la salle d’attente…
je continue de l’observer… je peux pas m’en empêcher.
Il parle aux gens.
Mais si c’était que de ça.

Il se lève, vient me voir, me demande une couverture. 
je lui donne.
Il va voir une dame âgée, lui donne la couverture.  La vieille dame lui sourit d’un sourire tellement sincère, il lui pose la couverture sur le dos.  
Le temps passe, il se lève, va à la machine à café, achète un café, qu’il va porter à une dame qui semble à bout d’être là, qui est avec un bébé endormi.  la dame ne comprend rien.. pourtant, il lui donne ce café.
Je l’ai vu aider un monsieur âgé à se lever..
je l’ai vu éviter une marche à un jeune homme en béquilles pour aller porter son coupon de radiographie.. je l’ai vu aider un monsieur en chaise roulante à se déplacer…

Quand finalement l’infirmière a appelé son nom, je l’ai vu se lever et demander à l’infirmière si elle pouvait faire un spécial et passer un jeune enfant qui semblait avoir des difficultés respiratoires, prétextant que c’était plus important.

J’ai vu ce gars là être un ange dans la salle d’attente.
Je l’ai vu… de mes yeux… rendre des gens un peu moins misérables… sans qu’ils l’aient demandé. 

Quand finalement, au bout de 20 heures d’attente, ils ont appelé son nom.. je l’ai vu se lever.. et j’ai vu des gens l’applaudir.. 

Croyez le ou pas, j’avais les yeux pleins d’eau..

Comment on peut être aussi bon, dans la vie ?
Comment on peut avoir cette force ?

Je repensais à l’image qu’il devait traîner avec lui quand il était plus jeune..
Et tout ce qu’il a du endurer..
Et les jugements et les moqueries..
Et j’ose pas imaginer à quel point il a du souffrir..
Et ça me donne encore des frisson juste d’y penser…

Comment on peut être aussi fort, dans la vie ?
Ça m’échappe…

Je sais qu’il ne lira jamais ce texte..

Mais Bruno..
Du plus fort et du plus sincère que je puisse le faire..
Je m’excuse.
De tout mon coeur.
D’avoir ri de toi.
De m’être moqué.

D’avoir cru que t’étais déficient…

Tu l’as jamais été….

C’est moi ou tous les autres comme moi qui savaient pas reconnaître tout ce que tu étais..
Et qui savaient pas s’attarder à tout ce que tu pouvais nous apprendre…

Caliss que j’me sentais petit.

Pis … tellement…
tellement…

… déficient. 

*soupir*

•11 février 2012 • Laisser un commentaire

T’sais quand t’as l’impression que ta vie est juste un criss de gros soupir.

T’sais un soupir long.. Et pénible.

*soupir*…

 
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